Thématique 4 : Apprend-on les sciences partout de la même façon? Panorama des démarches et méthodes d’enseignement scientifique

La coopération internationale dans la transmission de la culture scientifique

 Par Sylvain Guilbaud, journaliste

Evelyne Garnier-Zarli, présidente de la Conférence Internationale des Responsables des Universités et Instituts Scientifiques d’expression française (CIRUISEF), a présenté l’activité de coopération entre pays francophones dans le domaine des sciences et technologies de l’enseignement supérieur. Il s’agit à la fois de travailler sur le fond et la forme de l’enseignement des sciences, d’être à l’écoute des enjeux économiques des pays et de développer une licence généraliste commune, afin d’améliorer la mobilité étudiante vers les masters.

La formation d’un scientifique ne peut pas être effectuée de manière désordonnée ni trop condensée et demande une construction solide où les briques s’empilent.  Cependant, un des constats du travail de la CIRUISEF est que seul 1%  des étudiants se dirigent vers la recherche et l’enseignement supérieur. Or, tout le système des cours universitaires semble organisé pour eux, laissant de côté les autres étudiants. Il faut donc privilégier une approche par compétence et s’écarter du carcan corporatiste des différentes disciplines. Sur le plan méthodologique, l’approche de la pédagogie inversée, où l’étudiant prépare son cours en amont afin que l’enseignant puisse s’attarder sur les exemples concrets et les réponses aux questions, mérite d’être adoptée pour les cours magistraux.

Dans ses actions et réflexions croisées, les militants et les acteurs non-institutionnels ont aussi leur place.  Fréderic Kastner a ainsi présenté le projet FuseSchool, une plateforme britannique de ressources libres pour démocratiser l’accès au savoir. L’initiative part du constat qu’aujourd’hui, l’information est surtout assimilée de manière ludique et rapide. D’où le choix d’associer professeurs et graphistes pour développer des vidéos courtes en licence creative commons, où l’accent est mis sur des mots-clefs associés à des images pour favoriser la mémorisation. 250 vidéos couvrant le programme de chimie du secondaire ont déjà été réalisées, et d’autres suivront en physique et en mathématique. Ces ressources s’adressent en particulier aux pays en développement, pour des étudiants autonomes ou comme supports pour les professeurs. Dans ces pays, l’accès à l’information et même à internet n’est pas garanti. D’autres initiatives tentent de pallier ces problèmes comme Kiwix, qui propose de télécharger l’encyclopédie Wikipédia sur un support fixe (clef USB, DVD,…) ou Wikimedia zero, qui offre un accès mobile à l’encyclopédie.

Les stratégies doivent être à la fois globales afin de pouvoir être adoptées par le plus grand nombre mais aussi locales pour impliquer les professeurs et les élèves en faisant appel à leur créativité en leur donnant la responsabilité de déterminer les besoins de leur communauté et les médias à utiliser. L’important dans ces démarches de coopération réside dans des échanges réciproques, et non pas simplement du « Nord vers le Sud ».  Enfin, les retours d’expériences de ce genre d’initiatives sont encore trop peu nombreux, ils permettraient pourtant d’améliorer les solutions et la manière de les mettre en place.

 

Podcast de la session

 

Dossier documentaire

Les différentes études sur le sujet s’accordent à dire que les effectifs des étudiants dans les domaines scientifiques sont en nette régression. Au-delà d’une perte de culture pourtant essentielle à la compréhension du quotidien et au développement de l’esprit critique des citoyens, cette perspective constitue un problème économique majeur. En effet la recherche scientifique, technologique et l’innovation, constitue un foyer de postes clés pour la croissance d’un pays. La baisse du nombre de diplômés dans ce secteur risque d’avoir des répercussions importantes. A noter aussi, la part très minime qu’occupent les femmes et les catégories sociales les moins favorisées, contribuant ainsi à la ségrégation au sein des sociétés pourtant en lutte contre les inégalités… Dans les pays concernés, des politiques se mobilisent afin d’inverser au plus vite cette tendance. De nombreux projets ont vu le jour ces dernières années, et particulièrement en Europe.

Par exemple, le projet européen « GRID » (Growing interest in the development of teaching science) du programme Socrates, terminé en décembre 2006, a permis de recenser et d’analyser les méthodes et techniques afin d’améliorer l’enseignement scientifique en primaire, au collège et au lycée. Le projet «FIBONACCI » (2010-2013) rassemble 25 dont des universitaires, issus de 21 pays de l’Union. Il met l’accent sur l’équipement des classes, l’implication des acteurs locaux, l’accompagnement scientifique et la formation des enseignants d’écoles primaires choisies au sein des réseaux Pollen (2006-2009) et Sinus-Transfert. Parallèlement, d’autres dispositifs se basent sur « l’aide à l’élite ». Par exemple, en Hongrie, le « Hungarian Genius Program », investit dans la détection et le recensement de jeunes talents (dès le primaire). Il encourage les plus talentueux à poursuivre des études scientifiques en mettant en place des conditions favorables d’apprentissage et en leur apportant un suivi particulier.

Mais l’enseignement que l’on tire des différents projets est aussi qu’il est nécessaire de renforcer la coopération, le travail en réseau. Au Portugal, l’agence nationale « Ciência Viva » encourage la collaboration directe entre les classes et développe des partenariats entre écoles, universités, associations scientifiques et collectivités locales. Dans ce même esprit, le réseau européen « ECSITE » (European Network of Science Centres and Museums) interconnecte les instituts de recherche, les universités, les musées scientifiques, etc… via des projets et des activités communes et facilite les échanges sur les questions actuelles.

La conclusion de ces programmes rejoint l’idée soutenue par de nombreuses politiques d’éducation à travers le monde : les méthodes d’enseignements classiques (prédominance des cours théoriques, intervention systématique de l’enseignant dans la cherche de résolution, etc..) sont une des causes du recul du nombre de jeunes engagés dans des filières scientifiques et techniques. Il faudrait donc rendre l’enseignement des sciences plus attrayant, par une pédagogie d’investigation impliquant davantage l’élève dans le processus d’apprentissage et mettre l’accent sur la formation des enseignants à la culture scientifique.

 

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