À la croisée des chemins des nouvelles formes de pédagogie

À la croisée des chemins des nouvelles formes de pédagogie

par Ismaël BERKOUN, journaliste

Tous les jours, des dizaines et des dizaines de publications scientifiques sortent dans le monde. Avez- vous un ordre d’idée de leur nombre ? Il est impossible à calculer. Une étude (elle-même publiée) a montré que leurs nombres croient exponentiellement, et qu’il y a cent fois plus de publications scientifiques tous les cent ans. Tout ce savoir en perpétuelle évolution doit réussir à s’intégrer dans l’enseignement d’aujourd’hui. Le programme d’école préparatoire par exemple : le niveau de connaissances enseignées s’arrête à ce que l’on savait en… 1905 !

Dans les temps anciens, le professeur était vu comme « un maitre du savoir complet et exclusif ». Et ce qui fait peur à beaucoup, c’est que le numérique met en danger ce dogme multiséculaire. Aujourd’hui, les réponses se trouvent partout, et principalement sur internet. Wikipedia, MOOCs, Bibliothèque en ligne… Les réponses y sont, et pas toujours les bonnes. La question est de trouver l’équilibre entre la quantité de savoir enseignée, et la part de découverte personnelle de l’étudiant. Les enseignants attendent du numérique une vie plus facile, et gagner du temps. Faire moins de frontal, plus d’accompagnement… Et un soulagement des nombreuses missions secondaires qui incombent aux enseignants-chercheurs, comme les tâches administratives.

Susciter l’intérêt des étudiants à la découverte et à la recherche

Pour François Taddei, directeur du Centre de recherche interdisciplinaire de Paris, il est aujourd’hui plus facile de pousser les étudiants vers de nouvelles frontières de connaissances que de les intéresser aux savoirs déjà acquis. À partir de là, s’ils se rendent compte d’eux-mêmes qu’ils sont bloqués et qu’ils doivent apprendre des notions connues pour aller plus loin, l’initiative d’apprentissage et de recherche viendra d’eux. Et l’acquisition du savoir concerné en sera plus facile.

Par conséquent, l’idée d’évaluer les étudiants sur leur capacité à pouvoir poser des questions pertinentes, plus que de pouvoir y répondre, et souvent émise. Ce qui est devenu impossible avec les nouvelles technologies aujourd’hui : ils ne réfléchissent plus à ce qu’ils veulent savoir, car on leur donne les cours complets directement. Ce que François Taddei déplore : « Au début de l’année 2013, un Strasbourgeois de 15 ans à publier dans Nature. Le plus jeune auteur de publications a été publié à huit ans. Pourquoi ce ne sont pas ces exemples que nous donnons aux étudiants pour leur dire que tout est possible ? Pourquoi ne pas imaginer la possibilité d’enseigner par la recherche ? »

« L’université fait de la recherche sur tout, sauf sur elle-même. »

Parler de « nouvelles techniques pédagogiques » fait peur aux enseignants en général. Pourtant, ce n’est pas tabou de dire que la pédagogie enseignante a pu faire des erreurs et qu’elle a besoin d’être actualisée. « L’université fait de la recherche sur tout, sauf sur elle-même, explique François Taddei. On se base sur des modèles hérités du passé, et entre le boulot, la famille, le repos, on n’a ni le temps ni la place pour se poser des questions. »

Aujourd’hui alors, on remet au gout du jour les désirs premiers d’Humboldt, fondateur de l’Université de Berlin et architecte principal du concept d’université. Au cœur des Lumières, il a réinventé la diffusion des connaissances en impulsant l’idée que l’université doit être un lieu où la liberté d’enseigner et de faire de la recherche, en totale indépendance et dans toutes les disciplines, est essentielle. Mais également où le « professeur d’université n’est plus un maître, l’étudiant n’est plus un apprenant, mais quelqu’un qui recherche le savoir par lui-même, guidé et soutenu par le professeur ». Ce qui n’est plus totalement vrai aujourd’hui.

La plupart des questions sur l’enseignement universitaire d’aujourd’hui auraient pu être posées il y a longtemps. Mais au moins, grâce à l’arrivée des nouvelles technologies, nous sommes obligés de nous interroger. Et se poser des questions sur l’enseignement et les techniques d’apprentissage est, en soi, une réforme pédagogique.